Partenaires : Mission InterMinistérielle de Lutte contre les Drogues et les Conduites Addictives ; Universidade Federal de Sao Carlos

Cette enquête porte sur les activités quotidiennes d’un programme de santé publique destiné aux « personnes en situation de rue » à São Paulo, en décrivant les différents lieux, moments, compétences et technologies qui la composent.

Depuis 2013, le Brésil a mis en place des équipes mobiles de Consultorio na Rua pour prendre soin de la santé des sans-abris. Parcourant les rues de leur territoire de référence, chacune de ces équipes est chargée de rencontrer les « personnes en situation de rue » qui y résident, afin de mener un travail de veille sanitaire et d’accompagnement aux soins.

Deux organisations non gouvernementales ont été chargées de l’implantation et de la manutention d’une vingtaine d’équipes de Consultorio. Cette recherche est centrée sur les activités quotidiennes de l’une de ces organisations, afin de comprendre comment se fait et se maintient un programme de santé municipal destiné aux « personnes en situation de rue » dans ce contexte institutionnel spécifique de « partenariat » avec un acteur non gouvernemental.

L’axe principal de l’enquête, ethnographique, vise à observer et à décrire les activités de l’organisation sur différentes scènes :

  • observation, durant plusieurs mois, de l’équipe administrative du programme ;
  • observation des réunions d’évaluation et de définition des activités de l’organisation au secrétariat municipal à la santé ;
  • observation de deux équipes de santé mobiles, durant quatre à cinq mois chacune, afin de pouvoir décrire la réalité des activités de ces dernières.

Un second axe interroge les changements récents dans les modes de prise en charge des personnes « en situation de rue » à São Paulo. Il cherche notamment à montrer comment la récente montée en puissance de la question du crack dans le débat public a eu un impact sur les manières de considérer et de prendre soin des « personnes en situation de rue ».

Enjeux théoriques

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Cette recherche s’inscrit dans le cadre d’une sociologie des problèmes publics. Elle s’interroge sur l’évolution des lectures et du traitement de la question des « personnes en situation de rue » par les pouvoirs publics à São Paulo et au Brésil en montrant l’amalgame qui est fait au cours des années 2000 entre cette question et celle de la lutte contre le crack, et en pointant ses incidences.

Cette sociologie des problèmes publics se traduit ainsi en une sociologie de l’action publique. La progressive refonte des questions de la population de rue et de la lutte contre le crack est abordée sous l’angle spécifique des configurations institutionnelles qu’elle contribue à faire advenir, en se penchant sur les instruments de gouvernement qui disparaissent et sur ceux qui apparaissent entre le début des années 2000 et aujourd’hui.

La dimension comparative permise par une première enquête de master menée auprès du dispositif antérieur aux équipes de Consultorio na Rua, ainsi que l’orientation ethnographique de ces deux enquêtes, permettent cependant, en s’intéressant aux pratiques effectives de ces dispositifs sur le terrain, de mettre en lumière des éléments de permanence entre ces deux politiques publiques. Articulées à cette ethnographie de l’évolution des équipes de santé sur plusieurs années, les périodes d’observation en divers points de l’administration de santé publique paulistana permettent d’ébaucher une sociologie du changement institutionnel, en pointant d’un côté les permanences dans les pratiques au-delà de l’évolution des instruments de gouvernement, et de l’autre les changements ou l’adaptation des pratiques sur le terrain n’étant pas sanctionnés par des évolutions juridiques.

Le Centre Social Nossa Senhora de Bom Parto ou « BomPar »

Signataire d’un « partenariat » (parceria) avec le Secrétariat Municipal à la Santé de São Paulo, cette ONG, au coeur de l’enquête, est chargée, dans une logique de « terciarisation » (tercerizaçao) des services publics, de mettre en place moitié des 16 équipes de Consultorio na Rua que compte la ville.

Fondé en 1946 par Dom Luciano Mendes, alors curé de la paroisse de Nossa Senhora do Bom Parto, dans le quartier ouvrier de Tatuapé, le Centre Social avait pour objectif de proposer des formations aux femmes des environs. Au fil du temps, l’organisation a pris de l’ampleur et s’est détaché de la paroisse pour devenir une entité autonome, aujourd’hui acteur majeur du secteur de l’assistance « terciarisée » à São Paulo.

Le « BomPar » est également une figure pionnière de l’aide aux « personnes en situation de rue ». En 1989, il a fondé fonde ce qui deviendra la première structure d’hébergement non asilaire de la ville. Durant les années 1990, il a participé aux mobilisations qui réclament une meilleure prise en charge de ces personnes par les pouvoirs publics. Dix ans plus tard, il a été choisi par la mairie pour penser et installer le premier dispositif de santé publique spécifiquement destiné à la rue au Brésil. Fondé en 2004, le Programme A Gente na Rua met en place les premières Equipe de Santé de Famille de Rue (ESF-R) du pays. En 2013, celles-ci deviennent des équipes de Consultorio na Rua, supposées être plus à même de traiter les questions d’addictions et de santé mentale qui toucheraient de plus en plus la « population de rue ».

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